La photo en dates

 "L'histoire de la photographie" de Raymond Lécuyer publiée en 1945 par Baschet et Cie sur des archives de l'Illustration (interdite pour faits de collaboration pendant la seconde guerre mondiale), regorge de documents formidables sur les débuts de la photographie. Ce sera une de mes sources principales de documentation sur la période 1839-1945.
Si les principes physiques de la photographie (optiques, diaphragme et obturateur) sont restés presque constants depuis 1850 c'est, avant l'arrivée du numérique, une fabuleuse histoire de chimie qui a permis des progrès dans l'obtention et la duplication des images : composition des émulsions, créations de supports etc... Dans les musées de la photo on voit des appareils, des tirages mais c'est très rare qu'on parle de ces savants qui ont manipulé pendant des années des produits parfois très dangereux (les daguerréotypes étaient révélés par des vapeurs de mercure !) avant de découvrir les mélanges photosensibles qui ont permis la création de toutes ces images. L'arrivée des capteurs électroniques a changé radicalement la donne et c'est maintenant au tour des équipes d' ingénieurs informaticiens, chimistes, physiciens et mécaniciens de concevoir et réaliser des capteurs de plus en plus grands et de plus en plus sensibles.
Sur cette page ce sera une remontée dans le temps depuis les origines... bon voyage.

De la plaque de verre aux cartouches 24x36, un monde de pellicules !


1855 Le collodion
Comme les temps de poses pour les daguerréotypes et calotypes étaient très longs (plusieurs minutes parfois), les chimistes se sont employés à fabriquer des émulsions de plus en plus sensibles. Une des solutions les plus efficaces fut trouvée

1840 Le calotype
Le grand savant anglais Fox Talbot dépose aussi des brevets d'invention liés à la photographie : c'est la naissance du calotype, étape décisive car il va permettre la reproduction en nombre de l'image positive à partir d'un négatif papier. Premier moyen de diffusion facile d'une photographie. C'est ce procédé (basé sur la photosensibilité du nitrate d'argent) qui va en quelques années supplanter les daguerréotypes.

Fac-similé d'un calotype (éclairé par transparence) et de son tirage positif, in l'Histoire de la Photographie
 Le savant est aussi doué pour le commerce et son invention est vite prisée par les photographes professionnels.

Atelier de Fox Talbot à Reading vers 1840
 Des photographes s'emparèrent de cette invention et commencèrent à utiliser ces procédés lors de leurs voyages. C'était lourd et encombrant mais les résultats étonnaient les gens qui avaient la chance de voir ces images. 
En voici quelques unes :

L’Égypte fascinait déjà beaucoup les occidentaux qui achetaient ou pillaient les temples de la vallée du Nil.
Pourtant les conditions de prise de vue étaient bien compliquées :
D'autres comme Nègre se servent de la photo pour faire du reportage urbain etenregistrent des moments de la vie quotidienne.
Aux États Unis, la photographie se propage avec l'enthousiasme qui sied aux pays neufs et de brillants photographes y exercent déjà.

D'autres n'ont pas la chance d'inventer, ils améliorent ou trouvent juste après le dépôt de brevet, de nouveaux procédés. Il faudra de très nombreuses années pour reconnaître les talents de Gustave Le Gray.



1839 Le daguerréotype
Arago présente à l'Académie des Sciences l'invention de la photographie proposée par Daguerre qui a continué les travaux de Nicéphore Niepce et surtout proposé un appareil utilisable et commercialisable.
L'état français achète l'invention, la donne au monde et verse au fils Niepce et à Daguerre une rente à vie. La revue "Le magasin pittoresque" publie l'invention en septembre de la même année. Extrait de l'article (p374)  :

Parmi les inventions qui depuis le commencement de ce siècle ont excité un intérêt universel, celle du Daguerréotype est certainement l'une des plus extraordinaires. Pendant longtemps elle a été entourée d'un mystère favorable à l'incrédulité; mais l'admiration seule maintenant est permise.
L'État, qui vient d'en acquérir la propriété dans l'intérêt des sciences et des arts, a donné le signai de la publicité; c'est donc un devoir en quelque sorte pour les organes de la presse de porter la découverte de M. Daguerre à la connaissance du plus grand nombre possible de personnes, et de populariser ses procédés, pour que les esprits curieux et ingénieux soient en tous lieux appelés à en jouir, et à se mettre sur la voie des perfectionnements.
...
" Or ce sont ces images de la chambre obscure qui, par la découverte de M. Daguerre, s'impriment maintenant elles mêmes sur une surface métallique qui remplace le verre dépoli,et, une fois produites et fixées,. elles se conservent pour toujours. Eh d'autres termes, dans le Daguerréotype la puissance de la lumière crée; en quatre ou cinq minutes, des dessins où les objets conservent mathématiquement leurs formes jusque dans les pins petits détails, où les effets de la perspective linéaire, et la dégradation des tons provenant de la perspective aérienne, sont accusés avec une délicatesse que l'art n'a jamais connue.
...
Chacun peut, avec cette admirable invention, s'entourer de tous les souvenirs qui lui sont chers; avoir une représentation fidèle de sa
maison paternelle, des lieux où il a vécu, ou qu'il a admirés dans ses voyages." 
Arago



 
Boulevard du Temple 1838, un des premiers clichés attribué à Daguerre

Louis Daguerre en 1844
Le daguerréotype est une image positive unique, mais l'invention va connaître un succès foudroyant et vers 1850 on préparera plus de 5 millions de plaques dans le monde ! Le développement se faisant aux vapeurs de mercure, le procédé était chimiquement pas mal dangereux ! En voici un de ma collection :
Daguerréotype, hauteur 9 cm, vers 1850




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