vendredi 12 juin 2015

ça fait des souvenirs (2)

Quand les américains sont arrivés lors de la première guerre mondiale,  beaucoup d'entre eux emmenaient dans leur effets personnels l'extraordinaire Vest Pocket, ce minuscule appareil (pour 1912) à pellicule qui faisait des photos 4,5cmx6cm. Il en fut fabriqué près de deux millions d'exemplaires de différents modèles jusqu'en 1926 ! Je crois que c'est à partir de cette époque qu'on peut vraiment parler de la démocratisation de la photo. C'est un pliant (folding) qu'on glisse dans la poche. Dès 1916, l'adjonction d'un stylet dit autographic permettra d'ajouter quelques brèves indications sur la pellicule... magnifique série d'appareils imitée par de nombreuses autres marques. 

Le fameux Vest Pocket modèle 1916, avec le dos autographic et le stylet
Photo de 1917 avec le système d’annotation autographic, Col. Beauvois

La seconde grande étape de propagation de la photo dans les classes populaires ce sont les congés payés à partir de 1936. Entre autres progrès sociaux décisifs les ouvriers allaient pouvoir partir en vacances. Pour se rappeler de ces moments joyeux quoi de mieux qu'une bonne photo ? C'est l'âge d'or des appareils Box en métal, bois et même en carton. 
Superbe Box Camping, carton métal et simili cuir, fabriqué par Coronet France vers 1935
Pas ou très peu de réglage, il valait mieux du soleil et une grande immobilité des sujets pour espérer réussir la photo. Les négatifs gagnent en taille (6x9cmm ou 6x6cm)Et on verra des enfants en maillot de bain ( j'ai un souvenir désastreux d'un maillot de bain tricoté qui avait bien du mal à résister à l'eau salée...) pausant devant d'éphémères châteaux de sable ou sagement alignés devant des rochers. On y verra aussi des terrains de camping et encore des tas d'autres témoignages des fêtes familiales et locales. C'est aussi vers cette époque que kodak était devenu un nom commun pour désigner un appareil photo ...
Le genre d'image faite avec des box ou des "pliants" d'entrée de gamme.

Des tranches de vie joyeuses, pratiquement jamais des images des tâches quotidiennes, des gens au travail à l'usine ou dans les champs.

Quelques publicités Kodak anciennes (de 1910 à 1950)

Dans les années soixante avec la popularisation des diapositives (format 24x36 mm) qui apportent la couleur et les soirées du même nom, on passera de la narration fragmentée (quelques images de plage issues de pellicules de 6 à 12 vues) aux séquences à thème (voyage en Espagne, en Yougoslavie...) parfois organisées avec des montages plus ou moins enchaînés, souvent agrémentés des ronflements d'au moins un des hôtes, fatigué par le repas qui précédait ou le mortel ennui de certaines de ces soirées.

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Publicités pour les diapositives parues dans Paris-Match
Sur beaucoup d'appareils, en accessoires externes ou intégrés à l'obturateur on a vite greffé des petits systèmes à retardement pour permettre à l'opérateur qui venait de déclencher, d'apparaître sur l'image avec les autres. Être dans l'image, s'inscrire dans le temps et l'espace, n'est-ce pas non plus le but de ces innombrables selfies que l'on voit faire dans tous les lieux touristiques ?

Un Moscwa soviétique 6x9 cm,  équipé d'un retardateur mécanique. A gauche, deux autres modèles de retardateur 
Sur les bords de la Loire, dans les années 20, le photographe s'est précipité pour apparaître lui aussi sur cette photo de détente au bord du fleuve. La nourrice continue tranquillement d'allaiter sans se soucier du sable qui pourrait venir gêner l'enfant. Être dans l'image.
Le photographe a eu le temps de rejoindre sa famille sur le sable avant le déclenchement de l'obturateur

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