mardi 16 juin 2015

La photo en faible lumière

S'il est un moment délicat en photographie c'est bien lorsque la lumière est faible. Une première règle simple, on essaie par différentes méthodes de se passer le plus possible du flash. Ceux qui sont fournis avec les appareils (y compris ceux des smartphones) sont peu efficaces : la source lumineuse écrase les sujets et vient gêner les autres par ces éclairs intempestifs. Sans compter que leur usage est tout à fait interdit dans les musées (pour des raisons d'inconfort mais aussi pour la protection des œuvres). Une bonne résolution dès l'achat : couper le flash ! Sur tous les appareils c'est faisable en allant à la recherche soit d'un bouton soit d'une ligne d'un menu où le symbole du flash (éclair) est barré. Ce n'est jamais le réglage par défaut il faut l'imposer.
Pour respecter ce principe il faut être attentif à plusieurs choses :
- le réglage de la sensibilité
- l'ouverture du diaphragme
-la vitesse de l'obturateur

La sensibilité
Ce qui était un cauchemar en argentique (il fallait acheter une pellicule en prévision de la lumière : 50, 100, 200, 400 ou 800 ASA..., lumière du jour ou lumière artificielle, et la finir avant de passer à autre chose) est devenu très facile aujourd'hui avec le numérique. Un réglage A pour automatique, souvent symbolisé par un appareil photo vert, permet de laisser choisir à l'appareil le meilleur compromis calculé par le logiciel de la machine entre les 3 composantes dont la sensibilité. En plus on peut changer de sensibilité d'une photo à l'autre ! On peut aussi forcer un réglage (en mode P, A ou S) avec le menu ou la touche ISO. Plus le nombre d'ISO est élevé plus la sensibilité sera grande, donc moins il faudra de lumière. A chaque fois qu'on double la valeur en ISO, on divise la lumière nécessaire par deux. Inconvénient : la qualité de la photo se dégrade quand même un peu (on dit qu'il y a du grain en argentique et du bruit en numérique).

Une maman et sa fille, dans leur pièce à (sur)vivre.  Madagascar, Manandona, octobre 2014
Dans cette pièce enfumée, à la tombée du jour, pour rendre compte de cette condition de vie très difficile, pas question de flash pour décrire ce moment. On a discuté avant de faire cette image très sombre (à tous points de vue). Sensibilité 1600 ISO vitesse 1/20 de seconde (attention on peut bouger et les personnages aussi) ouverture f/2,8, c'est à dire ici, le mieux que pouvait faire l'objectif.
Aujourd'hui certains appareils (comme le Sony A7S)  arrivent à des sensibilités incroyables : plus de 400 000 ISO ! Comme si le capteur inventait de la lumière... Absolument inimaginable en argentique.

Autre situation, beaucoup plus joyeuse celle là, il faut ici rendre compte de l'ambiance du moment où l'enfant souffle ses bougies du gâteau d'anniversaire, garder les volutes des fumées des bougies, conserver l'éclairage bien particulier de l'instant.  Autant de choses qu'il faut restituer en anticipant un peu ce qui va se produire, en attendant par exemple que l'enfant s'immobilise en reprenant son souffle...

10 ans à souffler, 2015. 1600 ISO f /3,6, 1/30 de s
 L'autre soir j'ai aperçu une chevrette qui passait dans la jardin, le jour finissait et la lumière était devenue très compliquée, depuis une fenêtre doucement entr'ouverte j'ai pu faire une image.
Ma situation inconfortable ne m'a pas permis une horizontalité irréprochable non plus, mais bon l'animal était dans le cadre !

La prise de vue avant traitement
 En regardant les propriétés de l'image (en cliquant droit sur l'icône de la photo dans le navigateur windows, menu propriétés, puis onglet détails) :


 On découvre à l'occasion que lorsqu'on prend une photo on enregistre aussi des informations concernant la prise de vue, le type d'appareil, la focale, la vitesse et la sensibilité ISO...  Il fallait bien attendre l'immobilisation de la chevrette avant de déclencher (vitesse 1/40 de seconde !).

Après traitement dans Photoshop
Donc en partant de l'original peu engageant, je l'ai traité dans Photoshop en utilisant différents procédés : redressement de l'image, correction des niveaux et des couleurs... Quelques minutes plus tard cette image prenait un tout autre intérêt !

( a suivre )

vendredi 12 juin 2015

ça fait des souvenirs (2)

Quand les américains sont arrivés lors de la première guerre mondiale,  beaucoup d'entre eux emmenaient dans leur effets personnels l'extraordinaire Vest Pocket, ce minuscule appareil (pour 1912) à pellicule qui faisait des photos 4,5cmx6cm. Il en fut fabriqué près de deux millions d'exemplaires de différents modèles jusqu'en 1926 ! Je crois que c'est à partir de cette époque qu'on peut vraiment parler de la démocratisation de la photo. C'est un pliant (folding) qu'on glisse dans la poche. Dès 1916, l'adjonction d'un stylet dit autographic permettra d'ajouter quelques brèves indications sur la pellicule... magnifique série d'appareils imitée par de nombreuses autres marques. 

Le fameux Vest Pocket modèle 1916, avec le dos autographic et le stylet
Photo de 1917 avec le système d’annotation autographic, Col. Beauvois

La seconde grande étape de propagation de la photo dans les classes populaires ce sont les congés payés à partir de 1936. Entre autres progrès sociaux décisifs les ouvriers allaient pouvoir partir en vacances. Pour se rappeler de ces moments joyeux quoi de mieux qu'une bonne photo ? C'est l'âge d'or des appareils Box en métal, bois et même en carton. 
Superbe Box Camping, carton métal et simili cuir, fabriqué par Coronet France vers 1935
Pas ou très peu de réglage, il valait mieux du soleil et une grande immobilité des sujets pour espérer réussir la photo. Les négatifs gagnent en taille (6x9cmm ou 6x6cm)Et on verra des enfants en maillot de bain ( j'ai un souvenir désastreux d'un maillot de bain tricoté qui avait bien du mal à résister à l'eau salée...) pausant devant d'éphémères châteaux de sable ou sagement alignés devant des rochers. On y verra aussi des terrains de camping et encore des tas d'autres témoignages des fêtes familiales et locales. C'est aussi vers cette époque que kodak était devenu un nom commun pour désigner un appareil photo ...
Le genre d'image faite avec des box ou des "pliants" d'entrée de gamme.

Des tranches de vie joyeuses, pratiquement jamais des images des tâches quotidiennes, des gens au travail à l'usine ou dans les champs.

Quelques publicités Kodak anciennes (de 1910 à 1950)

Dans les années soixante avec la popularisation des diapositives (format 24x36 mm) qui apportent la couleur et les soirées du même nom, on passera de la narration fragmentée (quelques images de plage issues de pellicules de 6 à 12 vues) aux séquences à thème (voyage en Espagne, en Yougoslavie...) parfois organisées avec des montages plus ou moins enchaînés, souvent agrémentés des ronflements d'au moins un des hôtes, fatigué par le repas qui précédait ou le mortel ennui de certaines de ces soirées.

Publicités pour les tirages papier et les films couleurs parues dans Paris-Match
Publicités pour les diapositives parues dans Paris-Match
Sur beaucoup d'appareils, en accessoires externes ou intégrés à l'obturateur on a vite greffé des petits systèmes à retardement pour permettre à l'opérateur qui venait de déclencher, d'apparaître sur l'image avec les autres. Être dans l'image, s'inscrire dans le temps et l'espace, n'est-ce pas non plus le but de ces innombrables selfies que l'on voit faire dans tous les lieux touristiques ?

Un Moscwa soviétique 6x9 cm,  équipé d'un retardateur mécanique. A gauche, deux autres modèles de retardateur 
Sur les bords de la Loire, dans les années 20, le photographe s'est précipité pour apparaître lui aussi sur cette photo de détente au bord du fleuve. La nourrice continue tranquillement d'allaiter sans se soucier du sable qui pourrait venir gêner l'enfant. Être dans l'image.
Le photographe a eu le temps de rejoindre sa famille sur le sable avant le déclenchement de l'obturateur

mercredi 3 juin 2015

Photographier dans les musées (suite)

Le second musée fut une découverte, niché près de la gare Montparnasse Le Musée Bourdelle est installé dans la propriété du sculpteur. Œuvres grandioses ou de taille plus modeste, installées dans les jardins (étroits) et dans une salle magnifique. C'est un lieu magnifique. On y voit de nombreux bronzes et plâtres mais aussi deux ateliers conservés en l'état. J'y reviendrai, je n'ai pu le voir que trop rapidement. En plus l'entrée est gratuite pour les collections permanentes et personne ne vient vous embêter pour les photos, enfin il n'y a pas grand monde !
Dans l'atelier du sculpteur
Trois étapes d'une sculpture
L'atelier de peinture
Une des magnifiques sculptures du jardin
La salle des plâtres monumentaux
"Le fruit ou la nudité des fruits" devant "la méditation d'Apollon et une muse"
Pénélope
Cette visite passionnante est aussi un hommage à mon ami Jean-Pierre Bayard qui vouait une admiration sans bornes à ce sculpteur. Il avait connu la dernière épouse de Bourdelle et il m'avait raconté les difficultés qu'elle avait eues pour conserver les lieux et les collections...

mardi 2 juin 2015

Photographier dans les musées

De retour d'un weekend studieux à Paris, j'ai quand même eu le temps d'aller voir deux musées. J'avais entendu dire que depuis quelque temps on pouvait sortir son appareil photo à Orsay (Liberation du 23 mars dernier) et donc à l'Orangerie. C'est vrai, c'est d'ailleurs beaucoup plus calme dans les salles et chacun y va de sa photo souvenir devant les nénuphars géniaux de Monet. Comme quoi tout arrive !
Il n'y a plus de cris de gardiens pour perturber la vision sauf pour ceux qui ne savent pas débrancher leur flash perturbateur
 C'est aussi la possibilité pour beaucoup de se photographier ou de se faire photographier devant l’œuvre tant admirée. Nouvelle image. Assis sur le banc central, le spectacle est peinture et humanité mobile.
Jeune femme posant pour son ami, seconde salle des Nymphéas
 Cela permet aussi de se rapprocher et de photographier le détail qui nous émeut, de créer ainsi une multitude d’œuvres nouvelles et ainsi de comprendre un peu la technique du peintre.
Nymphéas détail
 Il y a aussi en ce moment une expo sur un sculpteur italien Adolfo Wildt, bien mouillé dans les activités artistiques des fascistes, et comme là les droits n'appartiennent plus à l'Orangerie les gardiens peuvent à nouveau chasser les photographes... alors moi je ne résiste pas, j'essaie !
Plâtres, marbres et bronzes dans cette expo de réhabilitation. Curieux.