J'ai connu un temps où on allait chez le photographe chercher la petite enveloppe qui contenait les négatifs et les tirages papiers faits dans le laboratoire photo de la boutique. On l'ouvrait vite pour voir le résultat des prises de vue des vacances, du mariage, du baptême ou de la communion que l'on avait fixé sur la pellicule quelques jours avant. Suivant les appareils on avait pu prendre de 8 à 16 vues par pellicule et même 24 ou 36 poses pour les 24x36 mm. C'était coûteux aussi, alors la plupart du temps c'était réservé aux grandes occasions, pour faire souvenir. Chaque famille populaire (dans les années 60) n'avait qu'un appareil par maison, chez nous c'était un Ultra Fex 6x9.
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| Le fameux Fex Indo Himalaya et un exemple de photo prise avec cet appareil |
Après avoir longuement fait voir les images on les "rangeait" dans une boîte que l'on sortait de temps à autre pour voir les visages de gens disparus et évoquer des moments passés. Ainsi s'empilaient plusieurs générations, pêle-mêle, des photos "carte de visite" des grands parents (une dizaine tout au plus), jusqu'aux petits derniers jouant sur la plage ou posant sur les marches d'une villa à Saint-Michel-Chef-Chef. Comment me souviendrai-je encore de cette villa sans ces photos maintes fois vues et revues ?
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| La boîte à photos... un jour elle fut si pleine que maman se mit à faire des albums ! Moins drôle. |
J'aimais beaucoup l'ouverture de la boîte et les commentaires de maman, les tentatives d'identification des lieux, des gens etc... Je crois que c'est de là que j'ai la passion des photos de groupes de mariages, car dans ces boîtes on rangeait aussi les photos de professionnels commandées à l'issue de ces unions. Occasion unique de faire l'inventaire de ceux qui y étaient, de découvrir la nouvelle famille greffée à celle qu'on connaissait. Je reviendrai sur les photos de groupes...
Cette photographie, béquille de nos souvenirs, apparaît dès les débuts de la photographie, mais la technique était difficile et seuls les photographes professionnels et quelques amateurs passionnés pouvaient s'y adonner. Zola fut l'un d'eux comme le témoigne cette photo prise en 1896 à Meudan de ses amis et de sa famille.
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| Zola, photographe amateur brillant fit aussi des photos "souvenir" familiales |
L'engouement de la photographie dans la seconde moitié du 19ème siècle est dû en grande partie au fait que le portrait devenait accessible à presque tous (finies les séances de poses chez le peintre fort coûteux) et qu'il montrait aussi l'intérêt aux choses modernes et techniques. La plupart des grands vulgarisateurs scientifiques de l'époque se sont intéressés à la photographie (Tissandier, Flammarion, Figuier, Reclus...) et nombre d'entre eux participaient à la Société Française de Photographie créée dès 1854 et dont les frères Lumière immortalisèrent un des congrès à Lyon en 1895, dans un des 10 premiers films projetés au Salon Indien du Grand Café à Paris (magnifiquement reconstitué dans l'expo passionnante consacrée aux frères Lumière et le cinéma qui a lieu en ce moment au Grand Palais à Paris).
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| Image extraite du film visible ici |
Le côté amateur bourgeois de la photographie concurrençait peu les studios de professionnels mais contribuèrent grandement à l'amélioration des techniques. Ce n'est que lorsque que Kodak invente le film souple et la prise en charge totale du processus technique de développement et de tirage que la démocratisation réelle de la photographie commence (1888), avec ce fameux slogan : "Press the button we do the rest".
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| Publicité de 1890 |
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| On obtenait des tirages circulaires |
C'est bien d'une révolution qu'il s'agit puisque avec un modeste investissement on peut saisir des instants familiaux et intimes, photographier des instantanés de ses voyages en emportant simplement dans une petite sacoche la petite boîte sans se soucier de la fragilité des plaques de verre. On va pouvoir "faire des photos souvenirs", enfin ! La guerre 14-18 sera aussi un moment important de la photo quand des soldats pourront envoyer des images à leurs familles (malgré la censure) qui leur enverront des images des femmes et enfants ... prises par des photographes ambulants comme cette photo que fit réaliser ma grand mère maternelle en 1914 pour l'envoyer à son mari mobilisé.
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| En bas on peut voir l'herbe qui dépasse devant la toile peinte du fond |







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