dimanche 24 mai 2015

ça fait des souvenirs...

J'ai connu un temps où on allait chez le photographe chercher la petite enveloppe qui contenait les négatifs et les tirages papiers faits dans le laboratoire photo de la boutique. On l'ouvrait vite pour voir le résultat des prises de vue des vacances, du mariage, du baptême ou de la communion que l'on avait fixé sur la pellicule quelques jours avant. Suivant les appareils on avait pu prendre de 8 à 16 vues par pellicule et même 24 ou 36 poses pour les 24x36 mm. C'était coûteux aussi, alors la plupart du temps c'était réservé aux grandes occasions, pour faire souvenir. Chaque famille populaire (dans les années 60) n'avait qu'un appareil par maison, chez nous c'était un Ultra Fex 6x9. 
Le fameux Fex Indo Himalaya et un exemple de photo prise avec cet appareil
 Après avoir longuement fait voir les images on les "rangeait" dans une boîte que l'on sortait de temps à autre pour voir les visages de gens disparus et évoquer des moments passés. Ainsi s'empilaient plusieurs générations, pêle-mêle, des photos "carte de  visite" des grands parents (une dizaine tout au plus), jusqu'aux petits derniers jouant sur la plage ou posant sur les marches d'une villa à Saint-Michel-Chef-Chef. Comment me souviendrai-je encore de cette villa sans ces photos maintes fois vues et revues ? 

La boîte à photos... un jour elle fut si pleine que maman se mit à faire des albums ! Moins drôle.

J'aimais beaucoup l'ouverture de la boîte et les commentaires de maman, les tentatives d'identification des lieux, des gens etc... Je crois que c'est de là que j'ai la passion des photos de groupes de mariages, car dans ces boîtes on rangeait aussi les photos de professionnels commandées à l'issue de ces unions. Occasion unique de faire l'inventaire de ceux qui y étaient, de découvrir la nouvelle famille greffée à celle qu'on connaissait. Je reviendrai sur les photos de groupes...
Cette photographie, béquille de nos souvenirs, apparaît dès les débuts de la photographie, mais la technique était difficile et seuls les photographes professionnels et quelques amateurs passionnés pouvaient s'y adonner. Zola fut l'un d'eux comme le témoigne cette photo prise en 1896 à Meudan de ses amis et de sa famille. 

Zola,  photographe amateur brillant fit aussi des photos "souvenir" familiales
 L'engouement de la photographie dans la seconde moitié du 19ème siècle est dû en grande partie au fait que le portrait devenait accessible à presque tous (finies les séances de poses chez le peintre fort coûteux) et qu'il montrait aussi l'intérêt aux choses modernes et techniques. La plupart des grands vulgarisateurs scientifiques de l'époque se sont intéressés à la photographie (Tissandier, Flammarion, Figuier, Reclus...) et nombre d'entre eux participaient à la Société Française de Photographie créée dès 1854 et dont les frères Lumière immortalisèrent un des congrès à Lyon en 1895, dans un des 10 premiers films projetés au Salon Indien du Grand Café à Paris (magnifiquement reconstitué dans l'expo passionnante consacrée aux frères Lumière et le cinéma qui a lieu en ce moment au Grand Palais à Paris). 

 
Image extraite du film visible ici
Le côté amateur bourgeois de la photographie concurrençait peu les studios de professionnels mais contribuèrent grandement à l'amélioration des techniques. Ce n'est que lorsque que Kodak invente le film souple et la prise en charge totale du processus technique de développement et de tirage que la démocratisation réelle de la photographie commence (1888), avec ce fameux slogan : "Press the button we do the rest". 
Publicité de 1890

 
On obtenait des tirages circulaires

C'est bien d'une révolution qu'il s'agit puisque avec un modeste investissement on peut saisir des instants familiaux et intimes, photographier des instantanés de ses voyages en emportant simplement dans une petite sacoche la petite boîte sans se soucier de la fragilité des plaques de verre. On va pouvoir "faire des photos souvenirs", enfin ! La guerre 14-18 sera aussi un moment important de la photo quand des soldats pourront envoyer des images à leurs familles (malgré la censure) qui leur enverront des images des femmes et enfants ... prises par des photographes ambulants comme cette photo que fit réaliser ma grand mère maternelle en 1914 pour l'envoyer à son mari mobilisé.
En bas on peut voir l'herbe qui dépasse devant la toile peinte du fond
A suivre...

samedi 16 mai 2015

Allons zo zoo

Hier avec deux des petits enfants, on est allé au Bioparc de Doué La Fontaine, nouvelle appellation pour ce parc zoologique plutôt respectueux du site et des animaux qui s'y trouvent. Pour le photographe c'est un lieu intéressant plein de sujets. Il y a ceux qui regardent et ceux qui sont observés. Entre ceux qui y font le safari de leur vie, les selfies sur fond de girafes et les souvenirs des petits assis sur telle ou telle sculpture... il y a de quoi faire. J'ai préféré baguenauder paisiblement en tentant de capter quelques attitudes, quelques gestes et surtout la beauté des couleurs de certaines de ces bestioles. Un bon téléobjectif  facilite bien les choses (très souvent ici le Lumix FZ1000 était calé sur le "400"mm) et la lumière, sans être exceptionnelle n'était pas trop mauvaise. Le fort télé permet de flouter les fonds de sujets relativement proches, les mettant ainsi en valeur. Un peu de calme, un peu de patience, de chance aussi et on peut se faire plaisir. Évidemment les pâquerettes et les boutons d'or ne font pas illusion en matière d'exotisme, mais en soignant son cadrage on peut donner l'illusion d'animaux en liberté.
Gibbon à mains blanches avec son petit

Autre Gibbon triste au milieu des boutons d'or, ses cris sont incroyablement spectaculaires

Autre gibbon, le pelage blondit chez la femelle en quête de partenaire

Girafon à l'heure de la sieste

Magnifique guépard attentif

Confidences de perroquets

L'envol d'un ara après le repas
Le plus difficile c'est de choisir parmi ce que l'on prend, de prendre un angle, mais j'étais en promenade, en sortie et le plaisir des enfants prime dans ce cas là sur la photographie ! Je leur ai fait un beau dossier de plus de 200 photos pour qu'ils montrent ce qu'ils ont vu aux parents et sœurs. Il y en a aussi d'eux, qu'ils m'ont demandé, assis sur des belles sculptures en bois... pourquoi pas ?
Le souvenir photographique sera sûrement un de mes prochains sujets...

mardi 12 mai 2015

Mini reportage amical

Samedi dernier, le 9 mai, on avait rendez-vous chez Yves-Marie, un peintre nantais pour qui je viens de faire un livre photo sur son expo qui a eu lieu il y a juste un an : Barça Barçak (Barcelone ou périr en Wolof), Espoir. C'était le jour de dédicace à l'atelier. Il avait invité copains et amis... 
Yves-Marie cherchant une dédicace...
 
J'aime bien aussi en noir et blanc...
Beau moment attendu et mélange improbable de gens fort divers. J'ai sorti mon appareil pour faire quelques images. C'est souvent un moment privilégié pour faire des portraits. Il est aujourd'hui si difficile de faire des images dans la rue, dans des fêtes foraines ou autres lieux publics sans se faire suspecter de mauvaises intentions. Dans les moments festifs  c'est plus commode. Il faut faire preuve de discrétion, déconnecter le flash absolument et ouvrir l’œil. Ce qui est intéressant dans ce cas là c'est d'arriver à capter l'atmosphère de la rencontre par des détails et des angles originaux. J'y mets aussi une autre composante : la bienveillance. Il ne s'agit pas de mettre en difficulté les personnes qui regarderont les images plus tard. Cela n'empêche pas l'ironie. J'ai appris cela en faisant de nombreux reportages de mariage, exercice d'humilité sympathique où il faut raconter la journée sans blesser quiconque tout en faisant preuve d'originalité.
 
Rendre compte de l'atmosphère du moment et surtout de la lumière du lieu

Donc samedi j'ai fait un peu plus de 120 photos parmi lesquelles j'en ai choisi une petite quarantaine pour transmettre aux gens qui étaient là, et quelques unes pour un usage hors contexte, comme ce blog. L'art du tri est un art redoutable, il faut essayer de regarder sans trop d'affect son travail et ne pas lasser les gens qui regardent... 
Yves-Marie avait installé sur la pelouse du quartier populaire où il vit, les toiles de l’œuvre principale de l'expo (4m x 3m)

Cela ne date pas d'hier, mais la trop facile profusion des images numériques ne facilite pas les choses. Nous connaissons tous des gens qui se servent de leur appareil photo comme un disque dur et y stockent toutes les photos de l'année...
Depuis le premier étage, ce plan rigolo des fumeurs. Image assez simple pour profiter du noir et blanc.

Image intéressante avec l'arrivée de Jean Luc l'accordéoniste, la table, la chaise et l'herbe valent bien la couleur !
Jean Luc, l'accordéoniste
Moment de discussion sur les marches de l'atelier

Jean Luc peut jouer, elles ne les écoutent  pas !

Lumière intéressante sur Yves Marie accueillant ses potes.
J'ai traité ces images dans photoshop (cadrages et contrastes).

Au fait, on a vendu tous les livres du premier tirage ! Je suis bien content car ça faisait un an qu'on bossait dessus... On réimprime, alors si vous en voulez un faut commander soit chez Yves Marie, soit chez moi ! jacques_labarre@wanadoo.fr
 


mardi 5 mai 2015

La sortie des petites bêtes

Avec le printemps c’est aussi le moment où les petites bêtes de nos jardins et de la forêt commencent à sortir de leur léthargie hivernale pour envahir discrètement leurs univers de prédilection. S'ouvre alors pour le photographe la saison des safaris domestiques. Armé de son objectif macro, la traque peut commencer. Je pratique cette chasse à la sauvette, sans appât (gouttes de sirop), sans flash et sans pied. Cela relève un peu de la haute voltige, il y a beaucoup de ratés, de flous mais à l'heure du numérique ça ne compte pas ! Par contre en utilisant cette maraude plusieurs fois par jour dans le jardin on croise des habitants minuscules magnifiques et/ou surprenants. Quand la lumière est bonne on arrive à avoir des images pleines de relief qui rendent les couleurs étranges de ces bestioles facilement effrayantes quand elles sont agrandies. Hier matin, Blandine m'a signalé dans les iris, un amas d'araignées minuscules tout juste sorties du cocon :
L'éclosion simultanée de plusieurs 
centaines d'araignées minuscules (3 mm env)

Les mêmes vues de très près... probablement  
Araneus diadematus, épeires diadème. Très utiles dans le jardin !
Dans les framboisiers c'est le ballet incessant des bourdons et des abeilles qui pollinisent gaillardement les fleurs :
Bourdon hypnorum en plein festin... et travail !
C'est aussi un jeu rigolo si, une fois rentré à la maison on se lance dans l'identification des bestioles. J'utilise le guide Flammarion des Insectes de France de Chinery pour une première approche et si ce n'est pas exactement ça je continue sur internet où travaillent une foule d’entomologistes ravis de mettre leurs savoirs au service de tous. C'est ce que j'ai fait pour les deux suivants :
Lepturini, couple en action, différences impressionnantes 
entre le mâle et la femelle
Oxymirus mâle, beau représentant de la famille des longicornes
Magnifique spectacle et recherches assurées, rien de tel pour occuper petits et grands !
Hier aussi chez des copains on a vu des fleurs époustouflantes... je ne résiste pas au plaisir  de vous les montrer :
Etonnant non ?

Intérieur d'ancolie
Et pour rester dans ces couleurs et dans le thème, voici prise il y a peu, à l'intérieur d'une clochette de jacinthe sauvage cette minuscule sauterelle...


Il y a quelques jours déjà, j'avais pu croiser cette Belle Dame, Cynthia cardul, qui butinait dans un prunelier sauvage, un peu de chance une belle lumière...


J'arrête là pour aujourd'hui, allez vous coucher dans l'herbe et guettez patiemment le passage des habitants de l'herbe et des fleurs...